Il est curieux d'observer que certaines des vulnérabilités de notre société sont générées par la volonté de lutter contre celles-ci.

Je vais prendre comme exemple le domaine des télécommunications. Malgré ce que l'on a dit d'Internet (son mythe originel de sa résistance à des attaques nucléaires), les télécommunications sont très centralisées, à chacun de ses niveaux (cellule radiotéléphonique, centrale téléphonique, noeuds de backbone). Cette centralisation est voulue pour plusieurs raisons : le "modèle télécom" de facturation bien sûr, mais également la volonté de contrôle de la part des états, via les écoutes. Ces écoutes servent à lutter contre le terrorisme, terme générique pour l'ensemble des menaces contre la population. Or la centralisation du réseau est également sa vulnérabilité. Le réseau de télécommunications est ainsi vulnérable aux attaques "terroristes" et non-terroristes (guerre), aux pannes de courant, et aux pannes technologiques (comme un bug majeur sur une plateforme centrale, par exemple la panne du réseau d'Orange qui a duré une demi-journée fin 2012)

On peut appliquer des raisonnements analogues à plusieurs autres systèmes qui sont critiques dans notre modèle de société : énergie, production ou logistique de denrées, centres décisionnels ou de compétence, etc. Et ces systèmes ont de très haut niveaux d'interdépendance : les centres décisionnels ont besoin de télécommunications, les télécommunications d'électricité, la production ou logistique de denrées ont besoin d'énergie et de télécommunications, etc.

We have the technology

More or less, or not. (Une autre question serait : en a-t-on vraiment envie ?)

Concernant les télécommunications, j'ai déniché un projet de télécommunications sans opérateur et sans antenne-relai : le projet Serval ; il s’agit de faire de chaque smartphone un relai pour un autre, via les domaines de fréquence actuellement utilisés pour la téléphonie ; d'autre projets se basent sur des réseaux ad-hoc dans le domaine wifi.

Au niveau infrastructurel inférieur, la création et distribution locale d'électricité, "smart grid", semble être un moyen d'éviter une panne de grande envergure, pour peu qu'il ne soit pas dépendant de noeuds principaux.

Robustesse et décroissance

On trouve une certaine quantité de réflexions connexes chez les avocats de la décroissance soutenable et les théoriciens de l'effondrement (comme Dimitri Orlov), mais pas seulement ; on trouve des travaux universitaires et d'industriels. On peut remarquer que notre société n'est pas bâtie sur un concept de "graceful degradation", voire contre ce principe (semences agricoles non réutilisables) ; certains pourraient parler de "fuite en avant".